Interview

Jeune harpiste virtuose, Emmanuel Ceysson est aujourd’hui l’un des musiciens classique les plus talentueux de sa génération. Pour mieux le connaitre, il a accepté de se prêter au jeu d’une interview Qui es-tu Emmanuel ?

Musicien classique au XXI siècle, quel est ton état d’esprit présent ?

Enthousiaste de pouvoir vivre de ma passion et de la faire partager au plus grand monde.
Ambitieux de faire connaitre la harpe et de la faire à nouveau passer au premier plan de la scène musicale classique. Fier de défendre un répertoire méconnu mais extrêmement riche de couleurs et de sonorités extraordinaires.

Qu’est-ce qui t’a motivé à choisir cet instrument ?

Tout d’abord, le son, quand j’ai commencé l’éveil musical à 6 ans : je suis tombé amoureux du Concerto pour flûte et harpe de W.A Mozart. C’était une forme d’évidence : ce timbre, cette résonnance, ces arpèges faisaient écho en moi comme aucune musique auparavant.
- Plus tard, c’est la sensualité du rapport entre le musicien et la harpe qui m’a conforté. Plus que dans n’importe quel instrument, le son de la harpe nait d’un rapport charnel : d’abord grâce au contact entre la corde et la pulpe du doigt, ensuite dans le geste symbolique d’embrasser l’instrument, qui devient alors une confidente, une maîtresse… 



Quel a été le souvenir le plus marquant depuis ton début de carrière de soliste?

Beaucoup de souvenirs me viennent en tête, à chaque fois associés à des lieux ou à des personnes pour qui j’ai un attachement particulier… Mais si je devais choisir le souvenir le plus marquant, j’en choisirais un assez récent : mes débuts à la Philharmonie de Berlin dans le Concerto pour Harpe de Ginastera en Janvier 2012. Cette salle, conçue sous l’impulsion d’Herbert Von Karajan possède une âme particulière : le musicien soliste s’y sent à la fois tout petit car au centre de l’attention du public, comme dans un stade de football !... mais également très ‘grand’ du fait d’être porté par l’histoire et la magie de ce lieu, dont l’acoustique est tout simplement extraordinaire.



Le plus grand risque que tu aies pris dans ta carrière ?

Pour un soliste, le plus grand risque c’est de ne pas en prendre. Pour se dépasser, pour aller plus loin dans une interprétation, il faut savoir se remettre en question et prendre des risques. C’est ce que je dis souvent à mes élèves en Master Class : « Ne restez pas dans votre zone de confort! Lâchez-vous, faites des propositions, osez des choses nouvelles… » Sans prise de risque, je ne me serais sans doute jamais présenté au concours de l’ARD en 2009, je ne me serais jamais lancé dans l’enregistrement d’un disque de Fantaisies d’Opéra, et je n’aurais certainement pas écrit ma Paraphrase sur Carmen… A bien y réfléchir, quand je pense également à mes programmes de récital, la question à me poser devrait plutôt être l’inverse ‘T’arrive-t-il de ne pas prendre de risques ?’ !!


Ton plus grand regret?


Beaucoup de remises en question mais jamais de regrets. Cela ne sert à rien.


Pour toi, la vraie virtuosité c'est...

Le mix parfait entre musicalité, technique et engagement

Tes compositeurs préférés sont...

En dehors de Bach que je vénère, Wagner et Strauss (Richard) dont j’admire le sens de l’orchestration et l’écriture mélodique, mes compositeurs préférés appartiennent à la mouvance ‘impressionniste’ apparue à la fin du XIXe siècle : Debussy, Ravel, Tournier… J’aime leurs recherches de couleurs, leur écriture imagée fourmillant de sensations. Je trouve que leur style convient à merveille à la harpe : la palette des nuances et des sons de notre instrument parvient à renforcer le potentiel poétique et sensoriel de cette musique.

Tes « modèles » harpistes ?

Lily Laskine pour la passion et l’énergie, Marcel Grandjany pour l’intelligence musicale et la sonorité, Carlos Salzedo pour la vision et enfin Nicolas Bochsa pour la destinée romanesque...

Quelle place tient l’enseignement dans ta carrière ?

À l’instar de mes maitres Germaine Lorenzini, Isabelle Moretti et Christophe Truant, je ne me sentirais pas entier si je n’enseignais pas. Enseigner, c’est d’abord se confronter à soi-même : ré envisager les principes que je m’applique à travers la main et le corps de l’élève, son naturel étant forcément différent du mien. Le rôle du professeur est celui d’un guide, d’un accompagnant. Le cours devient alors le lieu d’une réflexion sur la technique, la musique, un échange bénéfique aux deux partis, dont la finalité est l’autonomie de l’élève face à la musique et à son instrument.

Tes 3 œuvres pour harpe préférées :

C’est une question très difficile… il y a beaucoup plus de 3 œuvres qui me viennent en tête spontanément… 
Je dirais :
- le Concerto de Glière, qui montre une harpe puissante, et qui fleure bon la musique romantique Russe, bien qu’il ait été écrit en plein soviétisme ! 
- Introduction & Allegro de Ravel, la seule œuvre soliste qu’il ait écrite pour la harpe, un vrai trésor de la musique de chambre.
- Images, de Marcel Tournier, petits bijoux impressionnistes qui exploitent au mieux les possibilités de l’instrument, tous empreints d’une grande sensibilité.

Que voudrais-tu que les gens disent de toi?

Que j’ai défendu et j’espère aidé à promouvoir la harpe, permis au grand public de s’y intéresser de plus près et que j’ai été inspirant pour les générations de harpistes à venir.

Une chose que les gens ne peuvent pas savoir de toi...

J’aime beaucoup cuisiner. Il m’arrive de passer des après-midi entières en cuisine pour réaliser un plat à partager avec ceux que j’aime ! Si la musique ne m’avait pas appelée, j’aurais certainement essayé d’être chef (et pas d’orchestre !). Je suis aussi un grand amateur de jeux vidéo. Pour moi, c’est une forme d’art au même titre que le cinéma, et prendre part à un scenario bien ficelé, dans un univers graphique original, accompagné de belles musiques est toujours un réel plaisir...

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